Interview de Monsieur Pierre Alechinsky (PA) au Salon d’art ( 81
rue hôtel des Monnaies, 1060 Bruxelles ) le 19 novembre 2007.
Par Gaëtan Faïk (GF), Xavier Lowenthal (XL) et Robin de Salle (RdS).
XL- Bonjour, Monsieur. Je voudrais vous présenter l’éditeur de la
revue Connexion.
Une revue d’art qui existe depuis peu.
PA- Oui, bonsoir
XL- On peut vous poser deux trois
questions ?
PA- Comme ça ?
XL- Comme ça à brûle pour point.
PA- Voyons voir…
XL- Est-ce que vous avez faim ?
XL- C’est une question métaphysique…
PA- Oui, oui, mais si ça me plait de ne pas répondre, je ne réponds
pas
Continuez, ça m’intéresse vos questions.
Je ne suis pas obligé d’y répondre.
GF- Moi, j’ai une question. J’aurais voulu savoir ce que c’est le
Boussu. Bois. Atelier de construction. Pourquoi ?
PA- C’est le nom de la petite ville dans le Hainaut
où
XL- Boussu-lez-Walcourt ?
PA- Pardon. Je ne sais pas. En tout cas, c’est le lieu de naissance de Marcel Moreau. Et il a travaillé dans cette
usine pour gagner sa vie quand il était très jeune. C’était une usine de robinetterie. Il a trouvé cette plaque un jour. C’est une plaque qui était sur une portière de locomotive. Ça, c’est une
étape en laiton. J’en ai fait un estampage chinoise. Un peu comme quand on était gosse on prenait une pièce de 25 centimes et le titre de l’exposition, c’est « Relief Industrie » ;
ce qui veut bien dire que tout ça n’existe plus c’est les laissez pour compte.
RdS- Les traces du temps…
PA- Voilà, la vieille industrie belge morte, quoi, c’est tout à
fait normal.
XL- Vous êtes d’originaire du Hainaut également
ou…
PA- Non, non, de Bruxelles.
XL- Un vrai marollien…
PA- Pas précisément. Mais là, c’est une allusion à Bruxelles, dans
les années quatre-vingt. C’était une date. La fonderie s’appelle Quivy et il y a le mot Bruxelles. Ça va assez bien ensemble. C’est prémonitoire. Enfin, c’était déjà, déjà.
XL- En fait, la situation ne change pas.
PA- Elle empire tout simplement.
XL- Si rien ne change, elle n’empire pas.
PA- Nous avons dit que rien ne changeait? C’est vous qui avez dit
ça. Moi, je ne l’ai pas dit.
XL- Moi, j’ai dit que c’était déjà le cas il y a longtemps. La
situation existait déjà avant.
PA- Mais ça peut empirer. D’ailleurs, il y a une merveilleuse
citation du théâtre : « Le mieux, c’est s’attendre au pire »
XL- Le mieux, c’est s’attendre au pire. Et il y a
« s’attendre » dans l’expression.
PA- Aussi.
RdS- Moi, j’avais une autre question aussi, c’est sur la première
qu’on voit en rentrant.
PA- À contre nuit.
RdS- C’est ça. Moi, je viens de Waterloo et moi, je pensais que
c’était la Butte du Lion.
PA- C’est très lié. D’ailleurs, j’ai écrit à propos des terrils que
je voyais quand j’étais gosse et adolescent et plus tard sur une route stratégique au-dessus de Maransart, dans le Brabant wallon, exactement à Sauvagemont. Sauvagemont, c’est un mot
extraordinaire.
XL- C’est joli oui.
PA -Il y a une route d’un côté, on voit les terrils de Charleroi et de l’autre le terril de l’empoignade européenne de 1815. c’est un terril commun.
(Arrivée de Monsieur Jean-Pierre Van
Tieghem)
XL - C’est toujours de la déjection finalement . La déjection de la
chair à canon d’un côté…
PA - Il devait quand même y avoir assez de
matériel
XL - Oui, on a fondu les canons…
PA - Voilà .
RdS- C’est une légende .
PA- Il faut faire attention. Ah oui, il faut bien que ça vienne de
quelque part…
XL- je suis sûr qu’à Charleroi, ils ont fait des faux terrils pour
attirer les touristes .
RdS- Par contre, le lion a été fondu dans les fonderies de
Cockerill. Voilà, donc il y a un lien avec l’industrie.
PA – Sûrement.
GF- Merci beaucoup.
(Un visiteur interrompt la discussion pour demander à Monsieur Pierre Alechinsky de se faire prendre en photo avec lui)
Pierre Alechinsky (né le 19 octobre 1927 à Bruxelles) est un peintre et graveur belge, qui réunit dans son œuvre expressionnisme et surréalisme. Pierre Alechinsky devient très rapidement l'un
des acteurs majeurs du monde artistique belge de l'après-guerre. Il fonde avec Olivier Strebelle, dans une maison communautaire, les Ateliers du Marais. Après sa rencontre avec le poète Christian
Dotremont, l'un des fondateurs du groupe CoBrA (mouvement créé en 1948, regroupant des artistes issus de COpenhague, BRuxelles et Amsterdam, qui préconise un retour à un art plus provocant,
agressif et audacieux), il adhère en 1949 à ce mouvement d'avant-garde artistique, rejoignant Karel Appel et Asger Jorn. Il participe aussitôt à la « Première exposition internationale Cobra » au
Stedelijk Museum d'Amsterdam.