
Gérard Berréby s’entretiendra avec Anatole Atlas et Laurent Six, le jeudi 24 avril 2008 à 20h30, au Théâtre-Poème, 30 rue d’Ecosse à 1060
Bruxelles.
L’impressionnant catalogue de sciences humaines et d’investigations de l’imaginaire d’Allia, maison d’édition parisienne fondée en 1982 par Gérard Berréby, constitue un vaste essai, à lire comme
work in progress. La collection de la maison consacrée à la musique populaire reste une référence, et depuis quelques années, Allia publie des premiers romans français contemporains avec
succès (Valérie Mréjen, Grégoire Bouillier, Olivier Rohe). De la première parodie épique (La Batrachomyomachie, attribuée à Homère) aux récentes investigations sur la « surveillance électronique
planétaire » de Duncan Campbell ou les Miscellanées de Mr. Schott en passant par le néoplatonisme de Marsil Ficin, par Pic de la Mirandole et Giordano Bruno, La vie des nonnes de l’Arétinou
Awopbopaloobop Alopbamboom de Nik Cohn, la bibliothèque Allia pratique ce décentrement qui illustre combien ce sont les marges qui valent le détour, même s’il faut parfois virer de bord.
D’aucuns, partisans d’un certain ordre, n’y verront qu’un débraillé éclectique. Mais ce prétendu désordre cache un ordre bien fondé.
L’emblème de la maison, ces deux cavaliers qui ornent les pages intérieures de titres, représente Boris et Gleb, deux saints de l’église orthodoxe connus pour leur
amitié. Autour de cette représentation court une citation de Salluste : ‘Idem Velle Ac Idem Nolle’ (‘les mêmes désirs et les mêmes répugnances’) tirée de son Catilina. La suite de cette citation
éclaire son lien avec l’emblème puisqu’elle se termine sur ces mots : “c’est en somme l’amitié dans toute sa force”. La suite du texte éclaire avec force le projet d’Allia :
“... je sens mon coeur s’enflammer chaque jour davantage, quand je considère ce que sera notre avenir, si nous ne travaillons pas nous mêmes à conquérir notre liberté. Depuis que la République
est devenue la possession, la chose de quelques grands personnages, invariablement c’est à eux que rois et tétrarques ont versé les impôts, que peuples et nations ont payé les tributs ; nous
autres, les braves et les énergiques, nobles ou plébéiens, nous sommes la racaille, sans crédit, sans influence, esclaves de gens dont nous nous ferions craindre, si tout marchait bien. Crédit,
pouvoir, honneurs, argent, tout est à eux ou à leurs amis ; à nous ils laissent les échecs, les dangers, les condamnations, la misère. (...) Peut-on, si l’on a du coeur, peut-on tolérer ces
énormes fortunes, qu’ils gaspillent à bâtir sur la mer, à niveler les montagnes, pendant que nous n’avons pas d’argent même pour le nécessaire ? Peut-on leur laisser édifier deux ou trois maisons
à côté l’une de l’autre, tandis que nous n’avons nulle part un foyer bien à nous ? Ils achètent des tableaux, des statues, des objets d’art, font démolir une maison qu’ils viennent de construire
pour en bâtir une autre, bref imaginent cent moyens de dissiper et de gaspiller leur argent, sans que, par leurs folies, ils puissent jamais envenir à bout. Et pendant ce temps, c’est chez nous
l’indigence, au-dehors les dettes, un présent sinistre, un avenir encore plus sombre ; en un mot, une seule chose nous reste, l’air que nous respirons pour notre malheur. Réveillez-vous
donc!”
Le dernier ouvrage des Editions Allia nous fait découvrir le Général situationniste. Ces entretiens avec Piet de Groof, mis en scène par Gérard Berréby et Danielle
Orhan, constituent un témoignage désormais incontournable, un antidote à l’amnésie généralisée...et à la morosité. Gérard Berréby a été impliqué dans sa jeunesse dans les mouvances anarchisantes
et situationnistes. Il a établi l’édition des Documents relatifs à la fondation de l’Internationale situationniste 1948-1957 (Allia, 1985); réédité Potlach, le bulletin de l’Internationale
lettriste dans lesquels se mettent en place les thèmes et le ton de la future Internationale situationniste (Allia, 1996), et publié Le Consul, entretiens avec Ralph Rumney, membre fondateur et
unique du Comité psychogéographique de Londres quiparticipe à ce titre à la fondation de l’Internationale situationniste (Allia, 1999). Danielle Orhan est doctorante en histoire de l’art à
l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne. Issu d’un milieu ouvrier, Piet de Groof naît en 1931. Après l’athénée, il suit les cours d’ingénieur polytechnicien à l’École royale militaire. Sous le
pseudonyme de Walter Korun, il fonde en août 1953 la revue Taptoe, dans laquelle il s’attaque avec virulence aux écrivains flamands consacrés. Après la disparition de Taptoe en mars 1955, il
publiera dans les revues Gard-sivik et De Meridiaan. Membre de l’Internationale situationniste, Korun en sera exclu en automne 1958 (son ami Maurice Wyckaert connaîtra le même sort en avril
1961). Il embrassera la carrière des armes. Secrétaire du Vlaamse Club Brussel, président d’une section du Willemsfonds, le général major d’aviation Piet de Groof, resté proche des peintres, a
publié de nombreuses chroniques artistiques (e.a. dans Ons Brussel et dans Brussel deze week) émaillées de souvenirs souvent éclairants.
P.S.: Si vous voulez en savoir plus sur Gérard Berréby et Piet de Groof, conseillons la lecture des articles suivants sur le blog de la Fondation ça ira:
caira.over-blog.com/article-18624814.html
caira.over-blog.com/article-16953765.html
caira.over-blog.com/article-16026072.html
Les éditions Allia
16, rue Charlemagne
75004 Paris
www.alliaeditions.com
Théâtre poème
30 rue d'Ecosse
1060 Bruxelles
www.theatrepoeme.be
Piet de Groof, Le général situationniste. Entretiens avec Gérard Berréby et
Danielle Orhan, Paris, Éditions Allia, 2007, 298 p., 15 €.